| Patxi BERGÉ | |
|
|
|
|
Avec Supersale Patxi
Bergé investit le nouvel
espace de la galerie comme on entrerait dans un commerce, mais un
commerce légèrement déplacé, presque vidé de lui-même, où les signes de
la vente, de la promotion et de la disparition ne promettent plus
seulement une bonne affaire, mais ouvrent une réflexion plus trouble sur
ce que l’on montre, ce que l’on conserve, ce que l’on efface et ce qui,
dans les objets comme dans les lieux, finit toujours par nous échapper. L’exposition part d’un contexte très précis :
celui d’une galerie installée dans une situation urbaine centrale,
commerçante, visible depuis la rue, avec sa vitrine, son passage, son
voisinage de boutiques, ses promesses de circulation et d’arrêt. Patxi
Bergé, dont le travail se construit souvent en lien avec les contextes
géographiques, sociaux ou politiques dans lesquels il intervient, ne
plaque pas ici une exposition sur un lieu ; il semble plutôt écouter ce
que le lieu produit déjà comme langage, puis en accentuer les signes
jusqu’à les faire glisser vers autre chose. La galerie devient alors
magasin, mais un magasin où la marchandise se dérobe, où la formule
publicitaire prend des allures de sentence, où l’humour contient déjà sa
part de vanité.
|


Tout doit disparaitre,
2026
Blanc de Meudon,
dimensions variables

|
Sur la vitrine, l’inscription « Tout doit
disparaître »,
réalisée au blanc de Meudon, reprend une formule connue de tous, celle
des liquidations, des fins de série, des vitrines commerciales qui
annoncent l’urgence de vendre avant fermeture ou renouvellement. Mais
ici, dans l’espace de l’art, cette phrase devient plus ample, plus
ambiguë, presque métaphysique : tout doit disparaître, les objets, les
images, les traces, les certitudes, peut-être même l’exposition
elle-même, puisqu’une exposition est toujours un temps fragile, destiné
à être démonté, rangé, oublié ou transformé en souvenir. |



Du balai,2026
Akènes de platane, 94 x 51 x 2 cm.
|
À l’intérieur, les
œuvres jouent avec cette logique de présence discrète et de disparition
annoncée. Du
balai,
constitué d’akènes de platane, transforme une matière presque
insignifiante, issue de la rue et du vivant, en tapis d’entrée ou en
seuil fragile ; Butin,
en cire d’abeille et graphite, évoque à la fois le prélèvement, la
collecte et le résidu ; Hors
saison,
moulage en plâtre fin de Paris d’un nid d’hirondelles, reprend la forme
d’un abri naturel pour la déplacer vers l’ornement, comme si ce qui
relevait d’abord de la construction animale, de la protection et du
retour saisonnier, se figeait soudain en motif de stuc, en reste
décoratif, en présence suspendue entre habitat, ruine et souvenir.
Même les titres
participent de ce jeu de glissement et de retournement. 1
pour le prix de 3
détourne la logique
commerciale jusqu’à l’absurde, tandis que Unloading,
animation GIF d’une seconde en boucle, inverse discrètement le mouvement
attendu du traditionnel symbole de chargement : ce n’est plus le monde
numérique qui charge, attend ou promet l’arrivée d’un contenu, c’est au
contraire un mouvement de déchargement, presque imperceptible, qui
installe dans le temps de l’exposition une attente paradoxale, une
opération qui recommence sans cesse tout en semblant annoncer que
quelque chose se retire, se vide ou se défait. |



_IMG3410 (Milad),
2025
Tirage numérique sur papier satin, 166 cm x 111 cm. Édition de 5



Butin,
2026
Cire d'abeille, graphite, 31 x 22,5 x 7,5 cm.

1 pour le prix de 3,
2026
Ensemble de 3, 85 x 85 x 23 cm.





Unloading,
2026
Animation GIF, 1'' en boucle. Édition illimitée


Hors saison,
2026
Plâtre, 24 x 15 x 9 cm. Édition de 8
|
Ce qui frappe dans Supersale,
c’est cette manière de faire beaucoup avec peu, de transformer des
matériaux simples, des formules ordinaires et des gestes presque
modestes en une scène subtilement critique. Patxi Bergé ne condamne pas
frontalement le monde marchand ; il en reprend les codes, les plie, les
expose à leur propre vacuité, et laisse apparaître derrière eux une
forme de mélancolie contemporaine. La galerie, pensée comme magasin,
devient alors le théâtre d’une disparition à bas bruit : celle des
objets que l’on consomme, des images que l’on traverse, des lieux que
l’on remplace, mais aussi celle de notre propre rapport au visible,
lorsque tout semble disponible, affiché, vendu, et pourtant déjà en
train de disparaître.
Avec cette exposition,
la Galerie Vasistas confirme son attention aux démarches exigeantes,
contextuelles et sensibles, capables de faire du lieu d’exposition non
pas un simple contenant, mais une matière de travail. Supersale n’est
pas seulement une exposition à voir ; c’est une exposition à lire dans
ses signes, ses silences, ses faux airs de boutique et ses véritables
questions.
in alternatif-art.com |
